Laffaire PetiotLaffaire Petiot est une affaire rare, sinon unique dans les annales du crime, car elle est exceptionnelle à tous les points de vue :
Lépoque :
Laffaire commence en France sous la croix gammée et se termine sous la croix de Lorraine. Epoque, riche en évènements majeurs et trouble sil en est, où il sera difficile de démêler le vrai du faux. Cest dans ce contexte historique extrêmement chargé que sinscrit laffaire Petiot.
Les victimes :
Au moins une cinquantaine. Lacte daccusation en recense 27. Laccusé en revendique 63 au titre dexécutions de « boches » ou de « collabos ».
Les protagonistes (principaux) :
Tout dabord laccusé :
Marcel Petiot, médecin de létat civil, Maire de Villeneuve-sur-Yvonne, marié à Georgette dont le père tient un restaurant fréquenté par le gratin politique à Paris : à trente ans, Petiot à une autoroute ouverte devant lui, il est « Ministrable » et pourtant il devient un assassin, sans que lon nait jamais su pourquoi. Il gâche tout. Plusieurs expertises psychiatriques le concernant ne résoudront pas le problème : il est déclaré sain desprit, à chaque fois.
Massu, commissaire divisionnaire, chef de la brigade criminelle du fameux 36 quai des orfèvres à Paris. Chargé de lenquête dès la découverte du charnier (11 mars 1944) en pleine occupation. Il est alors « le premier fic de France », lhomme aux 4000 arrestations dont celle, fameuse, de la « bande à Bonnot » dans les années trente et dont Simenon sest inspiré pour construire son « Maigret ». De fait, Simenon et Massu se connaissaient et sestimaient. Il est célèbre. Petiot le mettra au tapis à lapogée de sa carrière. Il finira dans loubli.
Rol Tanguy, colonel F.F.I., résistant de la première heure, coordinateur et instigateur de linsurrection parisienne en août 1944. Commandant de la place de Paris. Cest lui qui arrêtera Petiot en 1946 alors quil était infiltré dans ses propres rangs sous un faux nom, comme Capitaine F.F.I., et Magistrat Instructeur chargé de lépuration ! Il ne se présentera pas au procès, pas plus que le Colonel Devawrin, patron de la D.G.E.R., ancêtre de la D.G.S.E., cité par laccusation pour démonter la thèse de « Petiot résistant ».
Le docteur Paul, jovial, bon vivant, mondain, célébrissime médecin légiste ayant acquis sa notoriété dans laffaire Landru en calculant le temps de combustion dun corps dans un calorifère et lexamen de ce quil en reste. Il narrivera pourtant jamais à identifier un seul cadavre, comme il lavait fait pour Landru. Il reconnaîtra, cependant, que les dissections étaient faites par un professionnel, ce à quoi Floriot lui répondra, note en main, que Petiot étudiant, à son examen danatomie, avait obtenu une note médiocre.
Monsieur de Rougemont, graphologue, également rendu célèbre par dautres affaires, se fera ridiculiser par Maître Floriot en pleine audience et aura sa fin de carrière brisée par cela.
Bony et Lafont :
Bony : grand flic des années 30, mais, corrompu. Connaît bien Massu.
Lafont : Chamberlin de son vrai nom. Opportuniste, sans scrupule, corrompu. Fasciné par largent et le pouvoir. A eux deux, ils dirigent la célèbre officine, de sinistre mémoire, de la rue Lauriston, siège de la Gestapo française. Lafont lancera un mandat damener contre Petiot et se tiendra régulièrement informé de lenquête de Massu. Ils seront tous les deux arrêtés, jugés et exécutés à la libération.
Yodkum et Berger, tous les deux officiers supérieurs de la Gestapo allemande chargée des affaires juives siégeant rue des Saussaies à Paris. Ils dirigent, chacun, des services concurrents et se tirent dans les pattes. Ils arrêtent le « Docteur Eugève » en 1943, AVANT laffaire. Ils enquêtent alors sur des filières chargées de faire passer des juifs à létranger et dont le docteur Eugène serait le chef de réseau. Ils passent Petiot à la question et, malgré les tortures dusage, nobtiennent aucun aveu. Ils le relâchent sans condition.
Ils disparaîtront tous les deux à la chute du IIIe Reich via le réseau O.D.E.S.S.A. sans jamais refaire surface.
Les témoins :
Cités à la barre, pas moins dune centaine. A charge et à décharge.
Georgette Petiot, épouse du docteur, défendra son mari bec et ongles jusquà son exécution, et, moins dun an plus tard, se mariera à Bordeaux avec ... un Procureur de la République ! ...
Gérard Petiot, fils unique du docteur, âgé de 18 ans à lexécution de son père, disparaîtra aussitôt après, sans jamais laisser aucune trace. Y compris à ce jour. Daucun diront quil sest engagé dans la légion étrangère, dautres quils sest enfui avec le magot de papa, jamais retrouvé.
Les pièces à convictions :
Trois tonnes et demie entassées jusquau plafond aux assises de la Seine. Du jamais vu.
Le procès :
14 jours daffilés. Le tout Paris est présent, même le gotha mondain dont le Prince Rainer de Monaco, fraîchement intronisé. Toute la presse internationale est là, américaine comprise. Du jamais vu. Floriot est assisté de 4 jeunes avocats dont Liebman qui fera carrière. Ils font face à 14 avocats de la partie civile emmenés par maître Veron (ancien avocat de Petiot), authentique résistant, le seul à porter sur sa robe noire, la barrette rouge des compagnons de la libération. Cest lui qui le perdra.
Les minutes du procès :
Disparues.