Publicité Cinéma Actualité Boutique Tout savoir sur Alexis Films
Longs métrages Courts métrages Documentaires Projets Distribution
Affiche du film Dédales de René Manzor
Interviews

Entretien avec Lambert Wilson (Brennac)

Entretien avec Sylvie Testud (Claude)

Entretien avec Frédéric Diefenthal (Matthias)

Entretien avec René Manzor (scénariste et réalisateur)

Entretien avec Frédéric Diefenthal (Matthias)

Quelle a été votre réaction à la lecture du scénario de Dédales ?
Très forte. Je crois que c’est l’un des scripts que j’ai le plus relu. J’avais des frissons en arrivant au dénouement du film. C’est une impression que je me souvenais avoir eue éventuellement avec un livre mais jamais avec un scénario. Je trouvais cette histoire et ce qui arrivait au personnage de Claude d’autant plus terrifiant que c’était vraisemblable. C’était très violent. Et lorsque je suis arrivé à la fin et à la résolution, je m’étais fait tellement avoir - comme tous les protagonistes de cette histoire - que j’ai immédiatement voulu la relire pour comprendre pour quelle raison je m’étais fait avoir à ce point, pourquoi je n’avais pas trouvé la faille. Et de nouveau, à la seconde lecture, mêmes frissons ... aux mêmes endroits ... alors que je savais ... Et je me suis dit, c’est vraiment génial. Jusque-là, je me promenais plutôt pas mal dans la comédie. Du coup, cette incursion brusque dans un film noir m’a énormément plu. En général, en France, on a tendance à vouloir calquer ce que les Américains savent faire. Et là, je ne voyais rien de cela. Je lisais le scénario de quelqu’un qui avait vraiment fouillé une histoire. Il y a une vraie profondeur dans ce script, avec un véritable arrière-plan. C’est tout sauf lisse. Et en même temps sans fioritures, sans se perdre. René n’est surtout pas allé faire un scénario compliqué pour une histoire compliquée. Lorsqu’on arrive à la fin de ce film, tout coule de source.

Il y a pour une fois une identification possible entre le personnage du meurtrier et le spectateur, identification généralement rendue impossible dans les thrillers ...
Le spectateur n’est pas en dehors du film mais impliqué. On ne le rassure pas avec la séparation bien-mal. C’est un film singulier, qui ne ressemble à aucun autre. Il n’est comparable à aucun des autres films qui viendraient à l’esprit et où, souvent, le spectateur est à la place d’un héros manipulé - comme Usual Suspects - et où il subit ce que le héros subit.

Sur le papier Matthias est un rôle que l’on pourrait dire codé : un flic replié sur lui-même, presque misanthrope ... Il y avait le risque d’un numéro d’acteur ...
Matthias, je le voyais comme un profiler, c’est-à-dire encore un flic. En fait je n’avais rien compris, je n’avais pas encore dessiné le rôle. Et René m’en a parlé longuement. J’ai cogité toute une après-midi et je l’ai vite rappelé. J’avais pris conscience que des flics j’en jouerais peut-être encore quinze dans ma vie, mais qu’un personnage comme celui-là, jamais plus. Je ne pouvais pas passer à côté de Matthias. Je n’ai pas cherché à inventer quelque chose, à le composer, car j’avais la conviction que si j’allais dans cette direction, cela allait se voir. Je l’ai juste laissé venir vers moi, apprivoisé. Cela a été comme une possession. C’est la première fois que cela m’arrive. Je me suis dit « ne cherche pas à rentrer, ouvre-toi ».

Le rôle de Matthias est en retrait ... il tend à disparaître, à se fondre dans l’obscurité. Il quitte souvent le cadre. Comment le voyez-vous ?
Ce type est resté enfermé chez lui, il n’a pas bougé pendant un an ... du moins je le voyais comme cela. On ne sait pas comment il se nourrit, de quoi il vit. Il est à moitié amnésique, anorexique, à la fois le Diable et le Christ ... Il est devenu allergique aux gens, c’est épidermique. Il refuse de les regarder. Physiquement, il ne sait même pas ce qu’il représente. Il ne se regarde pas. Et je voulais cette image du type qui ne se regarde pas. Sans rentrer dans la composition d’un mec un peu crade, un peu clochard sur les bords. Un mois et demi avant le tournage, j’ai fait un petit régime comme ça et puis peu à peu, je n’ai plus mangé. En perdant du poids, je me suis rendu compte que je ne bougeais plus de la même façon. J’étais plus calme, mais surtout, j’avais moins d’énergie.

Cette transformation physique vous a-t-elle aidé à appréhender le personnage ?
Oui. Mais ce n’était pas un procédé. La barbe, l’amaigrissement n’étaient pas prévus au départ. René me voyait plutôt le crâne rasé. Puis, petit à petit, c’est venu. Nous nous sommes arrêtés pendant deux semaines au cours des répétitions et c’est là que j’ai commencé à perdre du poids, à ne plus me raser et à ne plus me coiffer. Et je suis arrivé comme cela un jour aux répétitions, avec une parka sur le dos. Je n’ai pas dit un mot. René m’a regardé avec étonnement et il m’a dit « tu es Matthias ». Rien n’avait été calculé. J’étais devenu Matthias. Je me suis même surpris à moins dormir que d’habitude. Moi qui ai besoin de huit heures de sommeil, j’étais passé à cinq heures. Mais ce n’était à aucun moment un trip du genre, je vais vivre comme mon personnage. Pas du tout. Je me suis très naturellement mis à vivre avec lui. Du coup, pas besoin d’accentuer par exemple mon visage au maquillage. Comme lui, je ne sentais pas la pluie qui me tombait dessus pendant les prises. Matthias ne ressent plus. On finit, tout en le voyant, par se demander s’il existe ou pas. Il se fond. De toute façon, il n’a pas envie d’être vu car il n’a pas envie de se voir.

Il paraît que sur le plateau, René Manzor vous dirige sur la fatigue et même au-delà ...
Mais avec tact et délicatesse et c’est pour cela que je me suis ouvert car j’ai senti chez lui un vrai respect et pas un viol. Il est toujours très calme sur un plateau. Il vous regarde avec ses grands yeux et l’on sent qu’il vous détaille à la loupe, ne voulant rien laisser s’échapper. Prendre - non pas ce que j’appellerais le meilleur - mais cet instant où l’on est pile poil là où il souhaite que nous soyons. J’ai aimé son calme. Il ne s’est jamais laissé déborder une seconde par les difficultés du film. Nous, les acteurs, n’avons jamais pâti de tout cela. Et pas seulement les premiers rôles mais tous les autres comédiens qu’il soignait autant que nous et dont il savait qu’ils allaient donner du relief à l’ensemble du film. Il ne voulait pas que l’on sorte du film et que l’on dise Testud, Wilson et Diefenthal sont formidables. Pas du tout. Il voulait que le spectateur sorte du film en pensant que les acteurs ont une fêlure, qu’ils sont un peu barrés (rires). Et je crois qu’il a réussi.

Il fait souvent refaire la prise même lorsqu’il pense qu’elle a été réussie une première fois ...
Il a raison. Je crois autant à l’usure qu’au premier jet. Entre les deux, il peut y avoir trop de réflexion et il faut - par la fatigue entre autres - aller au-delà. Vous ne savez plus trop ce que vous faites, du coup vous ne réfléchissez pas et cela redevient spontané. C’est vrai qu’il n’y a rien de pire que la satisfaction d’un acteur qui se dit qu’il a bien fait. René faisait recommencer jusqu’au moment où il pouvait gommer l’acteur et où ne restait que le personnage.

Aviez-vous déjà entendu parler des troubles de la personnalité multiple ?
Très peu. On parle souvent de schizophrénie mais de personnalités multiples plus rarement. On ne sait pas bien les tenants et les aboutissants, on parle peu des causes et du pourquoi. Cette pathologie est souvent utilisée au cinéma d’un point de vue simplement esthétique. Or, sans intellectualiser son film, René parvient à la faire comprendre. Avant le tournage, je me suis passé pas mal de documentaires pour essayer de mieux comprendre. C’est à la fois effrayant et intéressant, car tout d’un coup, on se dit que c’est vrai. On y trouve petit à petit une explication à ses propres sautes d’humeur, à ses jours avec et ses jours sans. On se rend compte que l’on ne peut pas être tous les jours la même personne puisqu’à la base, on aurait pu déjà être plusieurs personnes, en fonction des gens qui vous élèvent, du carcan de l’éducation reçue, celui de la religion ... Et de cela, j’en ai vraiment pris conscience en travaillant sur ce film. Je ne voyais plus les gens dans la rue de la même façon. Je me suis mis à les détailler, à étudier leur comportement et c’est resté.

Cela nourrit-il directement le personnage ?
Absolument. Par exemple, j’ai découvert que quelqu’un que l’on peut pressentir fou et dangereux, c’est quelqu’un qui ne bouge presque plus en marchant. C’est-à-dire qui marche les hanches raides, le regard fixe, sans ce balancement naturel des mains que nous avons tous. Du coup, j’ai évité tous mouvements alors que dans la vie, on me demande souvent si je ne suis pas italien. Parler sans les mains, je n’y arrive pas ! (rires). Mais moins Matthias bougeait, plus les choses pouvaient passer par son regard et dans son oeil.

Cela a-t-il quelque chose à voir avec le comédien ?
À partir du moment où nous ne sommes pas une seule personnalité à la naissance comme je le disais précédemment, il y a effectivement cette faculté avec laquelle nous pouvons jouer à être plusieurs personnages, en développant différentes choses qui ne sont pas forcément dans notre quotidien. L’acteur fait certainement appel à ces sens-là. Peut-être encore plus lorsqu’on fonctionne à l’instinct et que l’on va chercher un détail qui aurait pu être dans une de ces autres vies que l’on n’a pas vécues. Mais je ne sais pas si nous gardons tant que cela nos personnages avec nous. L’acteur joue aussi avec sa curiosité, sa mémoire sensorielle et visuelle. Tout cela fait partie d’une expérience acquise.

Tout savoir sur Alexis Films > Cinéma > Longs métrages > Dédales > Interviews
2008 © Alexis Films