3 Petites Filles de Jean-Loup HubertEntretien avec Gérard Jugnot (Paolo)
Entretien avec Adriana Karembeu (Laetitia)
Vision de Jean-Loup Hubert (scénariste et réalisateur)
Trois ados parisiennes. Trois gamines du treizième. Un drôle darrondissement qui nen finit pas de se chercher une identité, de mélanger ses populations, de rapiécer ses quartiers.
Un patchwork de paysages urbains hétéroclites, à limage du chahut des cours de récréation de ses écoles publiques où se mêlent allègrement les âges, les origines sociales et les nationalités.
Pauline, Lilia et Lucie sy sont trouvées. En CM2. Et ne se sont plus quittées. « Copines comme des moufles » a décrété Pauline. Toutes les rivalités, les tensions et les doutes à lintérieur, et lenveloppe douillette de lamitié entre filles autour de ça.
Issues de familles « recomposées », voir décomposées, laissées en jachère par des géniteurs manquants ou débordés, elles ont dessiné un cercle de craie et sy sont réfugiées ; sy défendent de tout et se rêvent derrière cette frontière comme au départ dune conquête immense et toujours retardée.
Le monde, la vie, les garçons, tout est craint et idéalisé à partir de cet espace réduit où elles se tiennent encore par la main.
Déjà nostalgiques, elles voudraient retenir une enfance qui samenuise. Embryons de femmes dont la croissance saccélère brutalement, elles se fantasment en adultes, fascinées de désirs contradictoires et dangoisses. Petites ou grandes ... Elles naviguent à vue. Affirment une assurance vacillante par lironie et la provocation. Elles sont dures et tendres. Elles grandissent et ça les fait chier. En fait, cest trop rapide ou cest trop lent, ça dépend des jours ...
Aujourdhui, Pauline, Lilia et Lucie ont entre 14 et 15 ans. La menace dun mariage forcé qui pèse sur Lilia (dorigine Kabyle) va précipiter le destin des trois adolescentes.
A travers ce film, ce périple vers la Corse qui commence par une fugue et se termine comme une cavale, je veux tracer le portrait de « trois petites filles » qui nen sont presque plus. Je veux dire leurs forces et leurs fragilités ...
A travers la rencontre des trois adolescentes et du couple « original » sinon marginal que forme Paolo et Laetitia, je veux dire comment chacune delles se cherche des références, des réponses. Positives ou négatives. Et, comment chacune delles, dans la fréquentation de ce couple particulier, va reconstruire des passerelles de dialogues et de tendresse avec le monde adulte. Dans le même temps, faire ce constat : les « grands » sont juste des enfants vieillis.
A travers ce voyage initiatique qui les mène de Paris à Marseille, puis de Calvi à Bonifacio, je veux dire des choses graves sur un ton de comédie.
Dans leur traversée des paysages somptueux de la Corse, je veux les montrer infiniment vivantes, à limage de cette île : belle, cernée, difficile aussi. A limage delles-mêmes : à protéger.